Dans un passage, l’impression de la catharsis.

Au premier regard, l’œuvre de Dominique Meunier se caractérise par la radicalité de sa composition, par la présence de ses vides et la justesse de ses silences. Elle se distingue par l’austérité patente des formes et par sa gamme chromatique, mate et minutieusement réduite. Le célèbre adage dit que les apparences sont parfois trompeuses, cette maxime se vérifie de nouveau juxtaposée au travail de l’artiste. Car, ici, tel l’équilibre du ying et du yang, il est aussi question de pleins et de rondeurs enveloppantes. Ses œuvres sont à lire comme de véritables odes à la nature dans ce qu’elle a de plus tranquillisant et d’inspirant.

Le processus de production de Dominique Meunier est complexe et s’étire dans le temps. L’artiste ne fige pas ; Philosophe, il s’offre l’opportunité de voir naître la deuxième impression ; celle qui, du tourment à l’apaisement, permet d’y voir plus clair. Une fois le mortier au sable séché, il revient à la peinture et aux pigments. L’artiste ajuste, retire au couteau, à la truelle ou à la main. Son geste est tangible, puissant comme une respiration et sa peinture incorporée. Les tons sont chauds, végétaux et minéraux.

Avant lui, d’illustres adeptes de l’impression ont quitté les murs de l’atelier pour faire du paysage leur modèle privilégié. C’est Paul Cézanne qui, pendant plusieurs années, peigna Sainte Victoire et la mit au premier plan afin de trouver comment restituer l’ombre convexe si particulière de la montagne. C’est cette nature vibrante, lumineuse et symbolique que Dominique Meunier interroge. Il prospecte dans les lignes et la stabilité d’une montagne en réponse à la profondeur et à l’énergie d’un cours d’eau. Une invitation à arpenter des chemins de traverse, comme on tournerait les pages du carnet de croquis introspectif d’un promeneur contemplatif. Les plans sont souvent rapprochés et les cadres resserrés induisent alors un hors champ. C’est dans cet interstice, dans la craquelure d’un tableau, qu’une quête cathartique débute.  

Dominique Meunier fait il y a dix huit années une expérience de mort imminente.

De cet épisode restent des images, des réminiscences mais aussi une thématique, celle du passage si perceptible dans son travail. Nombre de ses œuvres renvoient à un poème chinois datant du III ème siècle, écrit par Tao Yuanming, père des poèmes paysagistes. Au travers de ce conte, l’histoire d’un homme qui découvre, au hasard d’une partie de pêche, un passage menant à un pays oublié, utopique et heureux. Le pêcheur, malgré les nombreux balisages laissés, ne parvint jamais à revenir à l’entrée de ce monde secret au parfum si persistant de fleurs de pêcher.

Il paraîtrait que, dans les croyances taoïstes, le pêcher soit le symbole de l’immortalité.

Ces pérégrinations artistiques et fondamentales ne semblent alors n’avoir d’autre finalité pour l’artiste que de nous mener sur le chemin d’une plénitude oubliée. Le calme régnant dans la poésie de ses paysages nous conduit, entre fugacité et persistance, à l’état méditatif.

La nature semble être pour lui une source inépuisable d’inspiration. Comme Claude Monet à Giverny avant lui, Dominique Meunier possède son propre jardin aquatique. Dans l’idéalisme d’une nature chinoise réinventée et le zen des jardins japonais flottent les nymphéas et avec eux, une impression d’absolu retrouvé.

Sarah Heussaff, critique d'art