Equinoxe

 

Equinoxe, 2021, Huile et encres mixtes sur toile 60 x 73 cm

Interprétation de la Toile Equinoxe de Dominique Meunier par Stéphane Théri. Directeur de la rédaction chez Magazine Pas Vu, Pas lu. Co-fondateur de Terhoma. Auteur, romancier, dialoguiste, conférencier, formateur/consultant (marketing & communication), animateur ateliers d'écriture...

Texte Pas Vu, Pas Lu, Magazine Numéro 7.

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"Il est un espace-temps, un moment particulier qui revient sans cesse me rappeler le cycle naturel de la vie mais également avec force et truculence que tout est mouvement. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que ces vents singuliers, cette force soudaine des marées, toutes les couleurs criantes de l’automne répondent sans la moindre insolence au seul rythme de l’univers dans lequel le terrestre n’est qu’une infime partie. Et si toutes ces feuilles rouge orangées et balancées au gré des rafales de vents ne venaient cingler mon visage que pour me tourmenter, m’obliger à m’extraire de mon corps pour chercher une parallèle au décor que le créateur, il faut qu’il y en est un, a posé sous mes pieds, au-dessus et tout autour de moi. Ce fragment de temps durant lequel la saison devient plus forte n’est-elle pas justement là pour m’amener à l’exaltation. 

Sous le couvert d’un calme plus que précaire, d’une légère accalmie, les feuilles des arbres reprennent une valse aérienne plus douce, plus propice à l’observation, à la contemplation et à la réflexion. Tout est truculence puis tout semble calme avant d’être à nouveau balloté, violenté par une énergie sans faille... Et si ces feuilles précipitées dans les airs n’étaient que des petits mots racontant la saison passée et annonçant la nouvelle qui s’installe. Si l’arbre qui se déshabille de tout ce qui le rendait majestueux n’exécutait ce rite que pour m’inviter à faire de même, à laisser derrière-moi la saison qui s’achève pour mordre, nu et neuf, la saison qui s’engage. Je suis, moi-aussi, dans ce rite céleste, dans ce rythme universel qui commande de bouger sans laisser d’autre choix que celui de la continuité.

Et si toutes ces vagues portant ponctuellement la mer au-delà de son espace habituel n’étaient que la résultante d’une lame de fond détestant l’immobilisme. Le mouvement se nourrit d’énergie et diffuse simultanément l’énergie. Le mouvement distribue ombres et lumières, le printemps et l’automne mais aussi leurs comparses, l’été et l’hiver s’accoutumant tous deux de leur solstice. Je sais maintenant que sous le couvert de cet équinoxe, le soleil ne joue pas de ses rayons sans les harmoniser avec ceux de la Lune ou même encore sans se soucier des trajectoires de la Terre. Ces deux-là maitrise avec excellence la quête et le partage de l’espace et sont régis par une force, une intelligence énergétique qui ne peut que déchirer mon esprit. Toute cette turbulence s’apparente avec ce qui pourrait être comparé à la vision de tous mes maux de vies, mes instants de bonheur ou de douleur et l’obligation, quoi qu’il m’en coûte, de continuer, d’avancer. Et si chacune de ses feuilles, chacune de ses grandes vagues appelait à la force d’une seconde de vie qu’il l’est préférable de sublimer.

Et si cet espace-temps m’invitait tout simplement mais avec une démonstration de force prodigieuse à réaliser qu’une seule seconde de vie pèse très lourd et qu’il me faut tout simplement toutes les sublimer.

Il me vient une sensation...

Et si le céleste m’invitait, avec cette grande démonstration, à intensifier chaque seconde de ma vie terrestre pour l’optimiser. Je crois percevoir une lueur d’une forte intensité. Il me faut, sans tarder, sans perdre la moindre seconde, bouger, danser, aimer, vivre plus encore et plus fort."

Stéphane Théri

 

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aura

 

Aura, 2019, Acrylique et textures sur toile 46 x 38 cm

Interprétation libre par Stéphane Théri. Directeur de la rédaction chez Magazine Pas Vu, Pas lu. Co-fondateur de Terhoma. Auteur, romancier, dialoguiste, conférencier, formateur/consultant (marketing & communication), animateur ateliers d'écriture...

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 "Je ne sais dire pourquoi ce bleu me semble si lointain et en même temps si proche. 

Comme un point névralgique sans lequel il m’est devenu impossible d’amorcer un nouveau jour, j’essaie de percer ce voile de mystère qui, depuis ce jour, depuis cet évènement tragique est venu frapper le pare-brise de mon existence. Tout ce qui me semblait insignifiant hier, trouve aujourd’hui un nouvel écho dont la portée me parait être sans limite. Tout me semble, à présent, effectivement et affectivement possible. Pourtant, ma quête me divise. Je disperse et ventile les différentes parties de mon corps pour libérer mon esprit. Tandis que mes outils se confrontent à la matière, à ses incroyables et incommensurables secrets, mon esprit tente d’extirper la quintessence de l’absolu. 

Comme happé par le souvenir de cette lumière bleu, je dois accepter l’idée que chacun de mes gestes ouvre deux portes. Le choix des couleurs se mêle à l’indicible richesse et la spectaculaire diversité des aspérités rencontrées. Je ne sais plus ce que j’ai été et j’en trouve, sans en avoir la clé, l’ironie des instants de mon existence. Pourquoi ce trait si ce n’est pour appuyer une douleur, une sensation, un tourment ou encore un ressenti vécu, presque oublié mais toujours si profondément ancré en moi. Je me livre à cette introspection sans l’avoir décidé. Une force me guide et se joue des recoins de ma vie. J’ai laissé sur une parcelle de toile un embryon, un bébé mais ses cris envahissent toute la surface pour se mêler à mes maux d’adultes. Rien n’est permanent, toutefois, les émotions tracent, elles aussi, des traits comparables à ce qui me guide. 

Sans en avoir la preuve scientifique, je sais que je me suis rendu au bord du Monde et que sans avoir eu le temps de m’y asseoir pour contempler et comprendre, je suis tombé. De retour, mon souvenir est intact mais également imperceptible pour les autres. Cette expérience ne se partage pas au présent pour ne pas dévoiler ses intrigues. Elle se nourrie de messages qu’il me faut traduire comme autant d’invitations à accepter l’inattendu, l’interdit, le tabou. Ai-je été confronté au surnaturel ou à la face cachée de l’univers et de tout ce qui est mouvement. 

L’impermanence s’installe et envahie à présent la toile et simultanément tout mon être. Sur quelques centimètres, le chaos épouse l’harmonie et la clarté. Sans fracas, dans un silence total, les ombres se bousculent et heurtent la lumière. Le flou concède sa place à l’infini des interprétations possibles. Rien n’est clair, pourtant, certaines nuances de couleurs, vives ou ternes, me renvoient avec force à la conviction qu’il me faut encore chercher, interpréter, modeler, mêler, écarter, joindre, dissimuler l’insignifiance jusqu’au moment où cet amoncellement de particules minuscules portera la grandeur de tout ce qui me dépasse et m’oblige à poursuivre. La lumière se trouverait-elle, par la plus grande des supercheries de nos existences, dans le trou le plus noir de l’univers ? L’épreuve, le choc, la dislocation pourraient bien être les outils du renoncement à la certitude, à la permanence, à la logique. La quête du divin, annoncée comme tellement inatteignable, m’invite à revoir mes interprétations. L’inaccessible n’est peut-être tout simplement qu’illusoire parce que partie intégrante de mon être, de mon regard inapte à percevoir la force de l’invisible. 

Les nuages, qu’ils soient lourds et bas, haut perchés et aussi légers que la plus discrète des brises peuvent se targuer de nous donner ou de nous ôter la lumière et la chaleur des rayons du soleil. Il en va de même pour mon travail. Il me fait passer de l’ombre à la lumière, du doute à la certitude dans un enchevêtrement de cause à effet dans lequel mes gestes pourraient se perdre mais dans lesquels mon âme semble trouver la paix, même si celle-ci ne cultive que l’éphémère. De toute mon insignifiance, une chose m’appelle plus que les autres, la mémoire. Comme un gage au sens de mon existence, elle ouvre la voie d’un univers sensoriel qui ne peut être que moi et qui saura laisser, enfouies quelque part, dans un recoin de l’univers, mon seul héritage, une infime trace de moi, une empreinte sur la matière et sur les âmes que j’aurais su toucher. Ou alors, toute cette agitation n’aura servi qu’à ouvrir la voie à une continuité dont je ne connais rien si ce n’est le souvenir d’un bleu aux promesses vertigineuses."

Stéphane THERI

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 Renaissance

 

L'œuvre "Renaissance" est la clé d'accès pour entrer dans le monde de l'artiste français Dominique Meunier.

Nous pouvons définir son approche comme un art qui renvoie à la poétique du spirituel, de la recherche sensationnelle d'un voyageur de l'âme qui reste extatique devant la parfaite harmonie de la nature

« On dirait une forêt éclairée, comme un bouquet de lumière dont les arbres prennent leur source dans les profondeurs d'une eau miroitante » écrit l'artiste à propos de son travail. Une catharsis, une purification du corps et de l'esprit qui se cherche dans l'union originelle avec la nature. L'œuvre n'est pas la représentation d'un paysage, mais elle est l'essence même de celui-ci, car l'artiste nous montre les émotions psycho-perceptuelles provoquées par l'immersion dans les couleurs vives de la forêt, emblème de la vie

En suivant le mouvement de l'œuvre, d’en bas, de l'eau, à la lisière des arbres, la référence à la peinture impressionniste de Claude Monet est claire, visible dans son étude chromatique sur les effets de la lumière sur l'eau. Si le peintre de Giverny capte les vibrations lumineuses de la nature par des coups de pinceau contrastés, Dominique Meunier va plus loin en nous proposant une nouvelle peinture, synthèse entre les nuances chromatiques et l'expressivité matérielle.

En poursuivant la lecture, nous pouvons voir comment les arbres poussent à partir des profondeurs de l'eau, et comment leurs branches s'étendent dans de multiples directions comme les multiples modes de vie. La couleur change également en harmonie avec la métamorphose de la composition, mêlant les nuances bleues et verdoyantes aux différentes couleurs de la terre. Dans ce choix, on peut lire la volonté de l'artiste qui veut nous emmener dans une réalité dorée, à la fois changeante et essentielle ; un rêve céleste où spiritualité et esthétique se mêlent pour ouvrir la voie aux multiples nuances du possible.

Comme tout être vivant, l'évanescence spirituelle se conforme à la structure du tableau, fruit d'une peinture matérielle et essentielle. On y retrouve les échos de l'image informelle qui recherche le potentiel énergétique et évocateur de la matière qui se dégage de l'image pour laisser place au sensoriel pictural. De cette façon, l'artiste nous montre sa peinture à la recherche d'un sentiment qui dépasse la vision apparente.

Le travail de l'artiste nous parle en passant par nos sens avec délicatesse, nous transportant dans un monde silencieux et évanescent. Il touche nos cordes sensibles par les vibrations matérielles présentes dans la composition. La variété technique et compositionnelle est le fruit de la capacité picturale de l'artiste qui, s'affranchissant de tout type de style, se fait libre interprète de la multiplicité de la réalité.

L'œuvre présentée ici est le résultat d'une vision en constante évolution matérielle, perceptuelle et sensorielle, qui souligne le passage entre le corps et l'âme, entre le concret et l'abstrait, entre le rêve et la réalité, dans une recherche existentielle infinie visant à dépasser les limites, pour atteindre l'unité primordiale entre l'homme et le cosmos.

La vision du monde s'ouvre devant nos yeux et devient univers, avec sa variété infinie de nuances et de possibilités, grâce à laquelle l'homme est libre de choisir et de changer de forme dans la métamorphose vitale continue.

Art Curator Alessia Di Martino. Mads Art Gallery -Milan