Dominique Meunier, peintures 2017-2020

Entre deux mondes, 

Son approche contemplative du paysage traduit une vision mystique de la nature et de la vie. Elle met l'accent sur l'importance du rendu atmosphériqueet des effets de lumière annonçant le cheminement d’un monde à l’autre.

« Nous vivons dans un univers énigmatique où il existe une communication secrète entre le monde naturel sensible et le monde surréel invisible, et je cherche à la montrer »

Après avoir vécu une expérience aux frontières de la mort, Dominique Meunier est animé par le désir de rendre perceptible le lien entre le réel, le territoire vital et l’espace ténébreux de la finitude. Un cheminement d’un univers à l’autre tel un voyage dans lequel rien ne se perd et tout se transforme. Sur sa toile, ce passage se traduit par une expansion-rétractation qui se propage de façon circulaire ou horizontale et verticale, de la terre vers le ciel et vice versa. La composition prolifère comme un nuage atomique, capturé dans son éternelle explosion. Dans ce processus de surgissement, le silence prend toute sa place. Il marque une suspension temporelle, un espace dans un ressenti d’éternité.

Au gré de son intuition et de la rencontre avec les aléas de la matière, l’artiste intervient sur l’état de bouleversement. Fasciné par l’empreinte du temps sur la matière, il cherche, creuse, racle par touches et effets texturés à l’aide de mortiers biologiques et de différentes pâtes à structure. Avec son couteau, sa truelle et sa main, il élabore ainsi un fond. C’est un travail en mutation vers l’essentiel qui aboutit vers un dépouillement. Il est soutenu par des variations chromatiques relativement sobres, nuancées de bleu, de noir et de crèmes dorées. Puis, à l’aide de pigments naturels, de l’acrylique et de l’huile, le peintre compose des fragments, des accidents.

« Je travaille « alla-prima », dans le frais avec une gestuelle rapide, je dirai presque physique. Là, commence un jeu de construction, de déconstruction et d’épaisseur. Je sculpte, je cherche à magnifier la matière, à la spiritualiser. Je ne fige pas, je m'offre l'opportunité de voir naître la deuxième impression, celle qui, du tourment à l'apaisement, permet d'y voir plus clair. »

Tout est question d’avancement et de déplacement. Les mouvements guidés par la main de l’artiste, participent à cette impression de trajectoire ouverte, de sensation de dépassement, au-delà de la limite, de la frontière, vers une destinée travaillée avec le soin de revitaliser sa contingence.

Les effets de textures, d’empâtements et de modulations par ajout et retrait, orientent vers un équilibre dynamique, une impression de continuité. Les ruptures, fêlures et craquelures apportent une forme à l’espace qui relie et qui sépare.

« Je cherche à analyser sans cesse les lignes, veines, creux, interstices, les rythmes telluriques et mouvements magmatiques pour ouvrir des passages vers la plénitude du sensible et montrer l’indicible par les flux de lumière sur la toile qui révèlent le divin dans la nature et chez l’homme. »

Dans une logique de lien végétal et organique, l’harmonie du rapport de l’homme à la nature prend une nouvelle dimension. Le peintre vit à la campagne, les arbres entourent son atelier. « L’arbre est énergie, en mouvement perpétuel, souvent dans le presque invisible. Il veut être compris et parle à sa façon. Il prend le corps à témoin et il nous charge de ses messages. Pilier de notre monde intérieur dont il assure l’équilibre, il est le devenir spirituel de l’homme »

Arbres, forêts, champs, cieux, montagnes… Les paysages se déploient et offrent un nombre incalculable d’apparences à l’état d’énigmes. Ce sont des terrains de questionnement dictés par l’aléatoire où le spectateur construit sa propre représentation. Des formes abstraites se combinent à d’autres entités syncrétiques ; des signes iconiques, des présences suggérant des perceptions plus archaïques : un christ sur sa croix, un corps, un portail… Ces indices mettent de l’ordre dans le chaos et participent à la capture de l’éphémère. Leur apparition-disparition répondent à l’éloge du geste de l’artiste qui questionne le spirituel.

Conçu comme autant de substitutions que de liaisons inattendues, le travail de Dominique Meunier se lit tel un continuum sans fin. De la profondeur à l’illumination, de l’obscurité à la révélation, ce véritable parcours éblouissant de paysages réinventés, bousculés, apporte un morceau de rêve, une porte d’accès où le memento mori résonne. L’extase est poétique, vibrante et mélancolique.

Caroline Canault, Critique d'art (voir lien)

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Dans un passage, l’impression de la catharsis.

Au premier regard, l’œuvre de Dominique Meunier se caractérise par la radicalité de sa composition, par la présence de ses vides et la justesse de ses silences. Elle se distingue par l’austérité patente des formes et par sa gamme chromatique, mate et minutieusement réduite. Le célèbre adage dit que les apparences sont parfois trompeuses, cette maxime se vérifie de nouveau juxtaposée au travail de l’artiste. Car, ici, tel l’équilibre du ying et du yang, il est aussi question de pleins et de rondeurs enveloppantes. Ses œuvres sont à lire comme de véritables odes à la nature dans ce qu’elle a de plus tranquillisant et d’inspirant.

Le processus de production de Dominique Meunier est complexe et s’étire dans le temps. L’artiste ne fige pas ; Philosophe, il s’offre l’opportunité de voir naître la deuxième impression ; celle qui, du tourment à l’apaisement, permet d’y voir plus clair. Une fois le mortier au sable séché, il revient à la peinture et aux pigments. L’artiste ajuste, retire au couteau, à la truelle ou à la main. Son geste est tangible, puissant comme une respiration et sa peinture incorporée. Les tons sont chauds, végétaux et minéraux.

Avant lui, d’illustres adeptes de l’impression ont quitté les murs de l’atelier pour faire du paysage leur modèle privilégié. C’est Paul Cézanne qui, pendant plusieurs années, peigna Sainte Victoire et la mit au premier plan afin de trouver comment restituer l’ombre convexe si particulière de la montagne. C’est cette nature vibrante, lumineuse et symbolique que Dominique Meunier interroge. Il prospecte dans les lignes et la stabilité d’une montagne en réponse à la profondeur et à l’énergie d’un cours d’eau. Une invitation à arpenter des chemins de traverse, comme on tournerait les pages du carnet de croquis introspectif d’un promeneur contemplatif. Les plans sont souvent rapprochés et les cadres resserrés induisent alors un hors champ. C’est dans cet interstice, dans la craquelure d’un tableau, qu’une quête cathartique débute.  

Dominique Meunier fait il y a une vingtaine d'années une expérience de mort imminente.

De cet épisode restent des images, des réminiscences mais aussi une thématique, celle du passage si perceptible dans son travail. Nombre de ses œuvres renvoient à un poème chinois datant du III ème siècle, écrit par Tao Yuanming, père des poèmes paysagistes. Au travers de ce conte, l’histoire d’un homme qui découvre, au hasard d’une partie de pêche, un passage menant à un pays oublié, utopique et heureux. Le pêcheur, malgré les nombreux balisages laissés, ne parvint jamais à revenir à l’entrée de ce monde secret au parfum si persistant de fleurs de pêcher.

Il paraîtrait que, dans les croyances taoïstes, le pêcher soit le symbole de l’immortalité.

Ces pérégrinations artistiques et fondamentales ne semblent alors n’avoir d’autre finalité pour l’artiste que de nous mener sur le chemin d’une plénitude oubliée. Le calme régnant dans la poésie de ses paysages nous conduit, entre fugacité et persistance, à l’état méditatif.

La nature semble être pour lui une source inépuisable d’inspiration. Comme Claude Monet à Giverny avant lui, Dominique Meunier possède son propre jardin aquatique. Dans l’idéalisme d’une nature chinoise réinventée et le zen des jardins japonais flottent les nymphéas et avec eux, une impression d’absolu retrouvé.

Sarah Heussaff, critique d'art et spécialiste française des Disability Arts.