A l'atelier , travail en cours Dénuement

 

MA DEMARCHE 

(voir lien Interview PasvuPaslu Magazine)

« Où nul chemin n’était tracé, nous avons volé » Rilke.

Je peins depuis l’enfance mais je suis réellement devenu peintre lorsque j’ai réglé le conflit qui existait entre mon cœur et ma tête et, pour l’avoir intériorisé depuis toutes ces années, je n’ai commencé à aimer ma peinture que lorsqu’elle m’a apporté ce « supplément d’âme » né dans l’imprévu et le surpassement de mes propres attentes de résultat.

Avec l’humilité de ceux qui portent dans leur âme quelque chose de plus grand que leur art, ma peinture s’est lentement muée en un langage qui m’est personnel, une singularité à un univers spirituel mettant l’accent sur le passage de l’homme conservé dans la mémoire des matériaux, des courbes, des lignes et de la lumière, comme une puissance poétique et méditative, celle du sens et de l’unité mais aussi celle du temps relatif offrant une alternative propre à nous ressourcer et à tirer de l’expérience humaine un principe vital. Peindre c’est être vivant, ma résilience.

Mon aventure picturale se fait sans compromission, avec honnêteté et loyauté à un même faisceau de signes, dépassant les apparences du réel et affirmant qu’il nous faut compter sur une autre réalité que celle du monde sensible, et que j’ai entr’aperçue dans l’expérience du ciel. Depuis, je suis épris d’absolu. Et là où il n’y a pas de chemin dans l’immensité hors limite des espaces de silence, je laisse une trace dans les flux de lumière et dans la matière annonçant le cheminement d’un monde à l’autre dans la fréquence subtile de la vibration la plus fragile du temps : l’éphémère.

Si je suis tourné vers la beauté du monde visible, berceau du silence où sont tapis les secrets du monde, j’interroge, déconstruis et recrée le réel dans une combinaison qui est une métaphore entre les matières, les lignes, les courbes et les lumières portées jusqu’à l’iridescence pour nous inviter à dépasser nos propres représentations du monde que je transfigure pour convertir le regard vers l’intérieur et vers une destinée que chacun peut composer dans sa conscience afin d’explorer les mondes invisibles du rêve et de l’âme.

Je puise la Lumière où je suis, dans la fleur, le brin d’herbe, l’arbre, la montagne, ou l’étang, qui me font signe et dans mon regard transformé par l’expérience du ciel, dans l’intimité des secrets du bleu, l’intensité du noir ou l’étendue des crèmes dorées, dans cette sobriété chromatique que je chéris particulièrement. Naissance dans l’inattendu et l’émerveillé, de cette Paix qui me plonge jusqu’aux racines de l’être pour rendre perceptible le lien entre le réel, le territoire vital et l'espace ténébreux de la finitude.

Mes intuitions d’artiste créent une passerelle, une relation entre la nature, l’être humain et le divin en faisant sentir au présent les évolutions du temps profond tel un continuum sans fin qui, de la profondeur à l’illumination, de l’obscurité à la révélation, ouvre une porte d’accès où le memento mori résonne. Cette relation est gouvernée par les flux d'une lumière-vivante qui mettent en mouvement tout l’univers dans cette sensation de flottement entre le réel et l’irréel. Cette relation recrée de l’ordre là où il y a du chaos et elle m’offre ce sentiment intime des choses. Je perçois la nostalgie et l’émotion des choses, même des plus petites, la conscience et l’acception de leur impermanence.

C’est un juste retour à ce que je suis.